vendredi, 20 avril 2007
La geste de Rhianna (VI): Caelann.
Précédée par Kaydar, Rhianna passa sous l'arche millénaire qui menait à la Chambre Haute, sur la terrasse du dernier niveau du Haut-Château.
Devant elle, assis sur un simple banc d'obsidienne, siégeait Caelann. Il était revêtu du plastron de son armure de guerre, et de nombreuses estafilades rayaient l'acier de combat, témoins muets de victoires et de défaites passées. À son côté, une arme à énergie. Posée en travers de ses genoux, la lame nue de Stormblade, l'épée tutélaire de la caste Formen. Cette épée avait pris bien des âmes, Rhianna le savait. Y compris celles des guerriers Formen qui avaient été assez fous pour défier Caelann au combat, et penser survivre à l'épreuve. Ils n'étaient plus là pour en parler.
Rhianna s'avançà et inclina brièvement la tête. Puis elle empoigna la garde de l'épée qu'elle portait au côté, et dégaina. Une toise d'acier tranchant fendit l'air avec un chuintement cristallin. « Que ma lame ne quitte son fourreau que pour prendre l'âme d'un ennemi, ou ouvrir un nouveau chemin. »
Caelann se leva. « Qu'il en soit ainsi. Viens, et deviens. » répondit-il selon la formule rituelle. « Kaydar, assiste-la. »
Le vieux compagnon d'armes s'avança, un morceau de craie apparut dans sa main, et il traçà à même le sol le Cercle de Vérité. Rhianna y prit place, tenant son épée de la main gauche et pointée vers le sol. Elle tendit son poignet droit en avant, paume tournée vers le haut, exposant ainsi la prise psionique qui y était intégrée. Kaydar la badigeonna de biogel, et Rhianna frissona malgré elle lorsqu'il verrouilla à son poignet le lourd bracelet de fer et de rubis.
Elle eut un instant de crainte lorsque Caelann prit à son tour place dans le Cercle. Entrer en contact télépathique avec un psion du Troisième Cercle n'était pas sans risque. Un esprit insuffisament entraîné s'y briserait comme une dentelle de cristal.
Caelann tendit la main vers Rhianna, et prononçà les Mots. « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut... » « ...pour accomplir le miracle d'une seule chose. » répondit Rhianna, complétant ainsi la formule consacrée. Puis elle tendit la main à son tour. Ses doigts se refermèrent sur l'avant-bras de Caelann, et il en fit de même. Leurs bracelets se touchèrent et les capteurs prirent vie.
L'esprit de Rhianna chancela sous le choc du contact psionique, et elle se plongea immédiatement en méditation alpha. S'adressant à sa jonction neurosynthétique, elle donna l'ordre. « Initialisation. Mise en ligne. Accepter code prioritaire gamma. » Son poignet fut pris dans un étau de feu et de glace lorsque les fibres biomécaniques du bracelet fusionnèrent avec ses propres terminaisons nerveuses. Elle vacilla et remarqua à peine que Kaydar s'était placé derrière elle pour la soutenir.
Alors Caelann prononça les mots de l'Ancien Langage. Rhianna les sentit dans son esprit plus qu'elle ne les entendit.
Kether.
Tiphereth.
Yesod.
Malkuth.
Rhianna se projeta immédiatement en Temps-Rêve, et la dimension imaginaire de son aura psychique se déploya selon les nouvelles coordonnées au fur et à mesure que les antiques codes de guerre activaient sa jonction neurosynthétique en mode de combat. « Intégration » murmura t-elle.
Le Feu Secret passa de l'esprit de Caelann dans le sien, y trouva un écho, s'amplifia, intégrant les nouvelles variables dans la dimension réelle. Rhianna canalisa le flux d'énergie pure vers sa main gauche, vers son épée. Elle sentit la structure moléculaire de l'acier se tordre dans les harmoniques de l'Eveil, matière brute devenue docile dans le creuset en fusion des deux esprits joints. Le long de la gouttière centrale de l'épée encore nue, apparurent une par une les glyphes incandescents de puissance et de ruine. Et pour la première fois, l'acier devenu vivant chanta pour Rhianna: « Je suis Ancarìl, la flamme ardente. Qu'ils tremblent et me craignent, les ennemis de mon clan ! »
Les deux guerriers, seigneur de guerre et femme-lige, rompirent progressivement le lien psionique qui les reliait. mais Rhianna n'était plus seule. Sa jonction était maintenant en résonance avec celles de tous ses compagnons, la multitude innombrable des guerriers Formen. Leurs auras psychiques brillaient dans son esprit comme autant d'étincelles d'énergie vivante.
D'un pas encore un peu chancelant, Rhianna s'avançà vers le bord de la terrasse dominant les étages inférieurs du Haut-Château, et brandit Ancarìl vers le ciel étoilé. Le lien de fer et de feu brillait à son poignet droit. Elle projeta son esprit vers ses compagnons et cria d'une voix forte: « Rhianna pour les Formen ! Ancarìl pour tur-Caelann ! » Et le rugissement mental qui se leva pour l'accueillir avait la radiance de dix mille soleils.
à suivre...
RoseNoire
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jeudi, 19 avril 2007
La geste de Rhianna (V): Retour au Haut Château.
Assise dans la cabine de pilotage du Nesher, Rhianna laissait l'intelligence artificielle du vaisseau calculer le vecteur d'approche final vers la plate-forme d'appontement du Haut-Château Formen.
Longtemps, elle avait navigué entre les mondes, parcourant au gré de ses errances les civilisations galactiques jalonnant l'univers connu. Durant bien des cycles, elle avait vécu loin de la Cité.
Jusqu'au jour où, au coeur même du Temps-Rêve, elle avait senti les signatures psychiques des guerriers de sa Maison s'aligner sur une fréquence nouvelle. Un psion très puissant était venu, et avait rejoint le Troisième Cercle. À l'instant où Rhianna vit les harmoniques du Multivers se modifier à son approche pour adopter une configuration nouvelle, elle sut que le jour viendrait où il combattrait pour le Prix. Et à l'instant même, elle sut qu'elle-même allait combattre, pour la première fois depuis bien longtemps.
Alors elle était revenue sur Vieille Terre, et elle avait reforgé l'acier, et sorti du passé l'antique armure de combat.
Rhianna laissa errer son regard sur la longue épée reposant dans son fourreau de cuir brut. Elle prit une profonde inspiration puis exhala l'air avec lenteur, entrant en méditation alpha. Elle concentra ses pensées sur le présent et, comme le voulait la Tradition, dégaina la dague de cérémonie qui ornait son ceinturon. Elle découpa la manche droite de sa tunique au niveau du coude, laissant son avant-bras nu. La prise psionique enchâssée dans son poignet luisait comme une promesse en devenir.
Un choc léger la sortit de sa méditation lorsque le système d'ancrage magnétique immobilisa le Nesher sur la plate-forme d'appontement. Rhianna ceignit l'épée, drapa autour de ses épaules une large cape de laine noire, et débarqua sur la plate-forme grouillante d'activité.
Ses implants s'interfacèrent avec le poste de contrôle et donnèrent les codes adéquats. Enfin, Rhianna était revenue au Haut-Château.
Kaydar Ecu-de-Chêne la reconnut dès qu'elle entra dans la Chambre du Conseil.
« Rhianna ! Ainsi tu es venue pour nous soutenir ! Sois la bienvenue ! »
« Je ne me contenterai point de cela, Kaydar. » répondit Rhianna en se débarassant de sa cape. « Voici mon fer. Voici mon bras. »
Et Kaydar vit l'épée, et le bras nu de Rhianna. « Honneur et courage à toi, guerrière Formen ! Que le Feu Secret te guide ! Que l'épée de tes ennemis plie et se brise ! »
« Kaydar, mon vieil ami, m'assisteras-tu pour l'Éveil ? »
« J'en serais honoré. Suis-moi, et fais-toi reconnaître ! »
Car la jonction neurosynthétique de Rhianna ne possédait pas encore la puissance de calcul suffisante pour accéder à la grille aux côtés des hommes-liges de Caelann. Pas encore. Il lui fallait pour cela activer les codes de combat nécessaires à l'Éveil de sa jonction. Le moment pour lequel elle s'était préparée était venu. Son poignet droit porterait bientôt le lien de fer et de feu, l'acier noir et le rubis de la Caste Formen.
Traversant l'assistance devenue silencieuse, Kaydar conduisit Rhianna vers l'élévateur menant à la Chambre Haute. Là où siégeait tur-Caelann, gardien du Feu Secret, guerrier du Troisième Cercle, et Protecteur Formen.
À suivre...
RoseNoire.
18:45 Publié dans La geste de Rhianna. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : heroic fantasy, fan fiction, fanfiction, fiction, théorie du chaos
dimanche, 01 avril 2007
La geste de Rhianna (IV). Morhûn parle.
Vous ne pensiez pas que j’avais disparu il y a cinq Cycles, n’est-ce pas ? Vous vouliez y croire, vous aviez besoin de vous en persuader…mais certaines choses ne meurent jamais, quel que soit votre désir de les voir mortes. Une ombre noire, terrible mais inoffensive disparaissant dans la singularité du Multivers, c’est ainsi que je suis apparu pour la dernière fois aux yeux des Guerriers. Mais je n’ai pas été détruit. Vaincu, affaibli au point de n’être plus qu’un écho transparent, une mémoire résiduelle fugitive…mais détruit ? Non.
Mon esprit et mon pouvoir n’ont été que fragmentés : ce qui fut jadis entier se brisa en mille éclats, et fut dispersé au quatre coins de la Grille. Semences empoisonnées, minuscules mais innombrables…et ces semences furent plantées dans le terreau fertile du cœur des hommes. Puis, lentement, les premiers signes de la récolte nouvelle firent leur apparition dans les âmes et les cœurs. Les noirs fantasmes, le goût du sang et des ténèbres, la sauvagerie pure et brutale…oui, en vérité, ils m’ont redonné vie, ceux qui se sont réunis pour ré-inventer les sombres rituels et les arcanes maudits qui régissent les Arts Noirs.
Et vous me haïssez moi, Morhûn le Borgne, Celui-qu’on-ne peut-nommer ?
Mais croyez-moi, vous êtes les seuls fautifs, vous, Hyarmen et Formen, de par votre négligence, vos coupables faiblesses ! Depuis longtemps, vous vous voilez la face, vous avez rendus taboues des interrogations premières, alors que toute la Cité réclamait des réponses ! Que n’avez-vous étanché ces âmes assoiffées ? Car lorsqu’un cœur a soif, il cherchera de l’eau jusqu’à en trouver, même s’il doit pour cela boire à des fontaines empoisonnées !
Et c’est ainsi que je siège sur des territoires qui autrefois furent vôtres. Cela, seul Caelann l’a compris. Il est venu me défier à la frontière de mes propres usurpations, armé en guerre, le fer brillant était à son poing et il y avait de l’acier dans le défi de sa voix. Il voudra m’arracher ce que j’ai conquis. Je sais qu’il est trop puissant pour que je puisse le vaincre, mais ma malédiction sera sur lui, car il a prononçé mon nom, moi, Celui-qu’on-ne-peut-nommer. Ma malédiction collera à son armure de bataille comme un soupçon empoisonné. Je ne l’abattrai sans doute pas, mais je le poursuivrai de tout le poids de ma haine. Je lui ferai tout le mal que je pourrai.
Et cette fois encore, peut-être que le passé s’invaginera dans le présent, comme il l’a toujours fait, de la faute des hommes de peu de mémoire. Peut-être après tout, franchirai-je le Seuil.
RoseNoire.
12:00 Publié dans La geste de Rhianna. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fanfiction, heroic fantasy
dimanche, 25 mars 2007
La geste de Rhianna (III). Aymeric.
Assis dans la Chambre Haute de la forteresse Hyarmen, Aymeric était en proie à une colère qu’il maîtrisait mal. Plongé dans ses sombres pensées, il ne prêtait plus attention aux conversations de ses camarades, et ses doigts effleuraient nerveusement le lourd bracelet d’argent et d’opale qui enserrait son poignet droit.
Sur l’estrade, Lady Dame Siobhàn, protectrice des Hyarmen, siégeait en compagnie des Chevaliers de sa Maison. Ceux-là même qu’elle avait prétendu écarter. À leur vue, la fureur d’Aymeric gronda en lui comme un incendie. Par le passé, ils avaient déjà failli à leur tâche. Pire, ils n’avaient pas su tirer d’enseignement des circonstances de leur échec. Et pourtant ils siégeaient là, vestiges improbables d’un passé qui n’en finissait pas de ruminer ses erreurs.
Et l’échéance approchait. Une fois encore Hyarmen et Formen, les castes dominantes de l’Ordre de la Salamandre, prendraient place sur la Grille et combattraient pour le Prix.
Trop de variables inconnues parasitaient l’équation. Mais les menaces étaient bien réelles dans l’esprit troublé d’Aymeric.
La malepeste soit de Faris et de son arrogance ! Il y a à peine un cycle, personne n’aurait parié sur ses chances, et pourtant bon nombre de partisans Hyarmen déclarent maintenant vouloir se rallier à lui.
Pire encore : l’ombre de Morhûn plane toujours sur la Grille. Insaisissable, inquantifiable comme à son habitude. Il guette dans l’ombre, et à la moindre faiblesse, il frappera là où on l’attend le moins.
Les fantômes du passé viennent assaillir Aymeric, s’insinuant dans son esprit comme un voleur pénétrant de force dans un endroit où il n’est pas le bienvenu. Il se souvient de l’horreur de ce jour maudit où le Protecteur Hyarmen était tombé, avant même d’avoir passé le Seuil. Le jour où il s’était vu forcé de tirer l’épée avec les Formen pour barrer la route à Morhûn.
Son regard se tourne vers Lady Dame Siobhàn, et il sent une sueur glacée couler le long de son dos. Si jamais elle fléchit dès le premier engagement, si jamais elle tombe…
Non !
Les conséquences étaient trop terribles à envisager. Aymeric ne supporterait pas de revivre une telle humiliation. Jamais il ne combattrait aux côtés de Caelann, maudit soit son nom ! Il briserait lui-même sa propre épée plutôt que d’en arriver là.
À son poignet, le lien d’argent et d’opale ne renvoyait que l’écho psychique de l’angoisse et du doute qui avait désormais envahi la forteresse comme un chancre hideux.
Mais assise face à l’assemblée Hyarmen, calme et droite sur son trône, Lady Dame Siobhàn ne semblait la proie de nulle peur.
À suivre...
RoseNoire.
(George. R. Martin, Tolkien...je vous ai fait quelques clins d'oeil en passant...)
23:35 Publié dans La geste de Rhianna. | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fanfiction, fan fiction, science fiction
samedi, 24 mars 2007
La geste de Rhianna (II). Temps initial.
Debout sur le bord de la crête, Rhianna laissait son regard errer sur la Cité. Près d’un kilomètre en contrebas, l’écho bouillonnant des pensées de ses semblables prenait naissance et s’élevait vers elle en un murmure assourdi, une image mentale multiforme, floue et changeante.
Tout allait commencer.
Le Cinquième Cycle était presque à son terme. Le présent s’était figé et retenait son souffle. Bientôt, il s’effondrerait sur lui-même comme une étoile mourante, et accoucherait du futur en devenir. Cela ne se ferait pas sans combat. La confusion était à son comble, et la cité résonnait des cris des Augures, qui abreuvaient de probabilités les chalands avides. Des pronostics s’établissaient, l’esprit affamé des parieurs se les arrachait aussitôt, des fortunes changeaient de main. L’enthousiasme et le découragement se succédaient en une ronde sans fin au gré des Augures contradictoires.
Retirée dans la calme citadelle de son esprit, Rhianna ne les écoutait plus. Faisant appel à ses pouvoirs psioniques, elle se projeta en Temps-Rêve, au cœur même du Multivers. Car pour le guerrier-poète, l’unicité de l’Univers n’existe pas. Une multiplicité de futurs possibles coexistent au même moment dans la dimension imaginaire de notre monde. Au moment du Choix, un seul de ces futurs en devenir s’incarnera dans le réel.
Nul n’entre en ces lieux s’il n’est géomètre. Profondément immergée en Temps-Rêve, Rhianna contemplait le Chaos qui régnait sur la Grille, et en calculait les applications les plus probables. De ce chaos naîtrait le futur. Seuls les guerriers du Troisième Cercle étaient capables d’opérer cette transmutation. L’étendue de leurs pouvoirs psioniques font d’eux les plus puissants seigneurs de guerre de l’Ordre de la Salamandre. Ils peuvent tordre à leur gré la matrice du futur par la simple force de leur pensée.
Maintenant, Rhianna voit ceux qui vont s’avancer sur la Grille, et s’affronter pour le Prix. Les harmoniques distinctes de leurs signatures psychiques se détachent du bruit de fond ambiant.
Elle les voit. Ils sont douze.
« Première intégration » murmure Rhianna. Sa jonction neurosynthétique effectue le calcul. En un instant, la composante imaginaire du Multivers se déploie dans l’esprit de Rhianna, arborescence fractale aux couleurs chatoyantes. Dans l’espace imaginaire, le Chaos vient de s’ordonner en ses composantes les plus probables : un arbre de décision à 4 branches.
À sa racine, les détenteurs du Feu Secret, la force à la base du pilier.
tur – Caelann.
Dame Siobhàn.
Faris.Et Morhûn.
Les psions du Troisième Cercle. Les plus puissants d’entre nous.
Rhianna dégaina l’épée qu’elle portait et la leva vers le ciel en prononçant le salut rituel. « Longue vie aux combattants ! Longue vie ! »
Puis elle sortit du Temps-Rêve, quitta la crête et rejoignit le Nesher, son vaisseau. Ses implants s’interfacèrent avec l’intelligence artificielle du navire et elle demanda un vecteur d’approche.
« Caelann et ses compagnons. Mène-moi à eux. »
À suivre...
RoseNoire
Ceci est une fanfiction. Elle est donc inspirée de divers mondes imaginaires. Qu'il me soit permis de remercier en vrac Catherine Asaro, David Zindell et Frank Herbert, auxquels je fais de nombreux clins d'oeil dans cette fanfiction.
14:20 Publié dans La geste de Rhianna. | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fan fiction, fanfiction, fractal, théorie du chaos, science fiction
La Geste de Rhianna (I). Prologue.
Le rougeoiment du foyer jetait dans la forge une lueur dantesque. Revêtu d'un grand tablier de cuir bouilli et de mitaines, le maître-forgeron s'affairait entouré de ses apprentis.
Debout, un peu en retrait, Rhianna observait la scène avec une fascination émue. Le maître-forgeron donna un ordre, en désignant le moule oblong de terre posé depuis plusieurs heures sur le plancher de coulée. Un de ses apprentis s'avança, et donna un coup précis à la tête du moule. Celui-ci se fendit avec un bruit mat, et l'apprenti se servit d'une barre de fer pour faire basculer la partie supérieure du moule devenue inutile.
Le cœur de Rhianna fit un bond dans sa poitrine en voyant apparaître la langue de feu jaune paille qui reposait dans son moule, et illuminait les visages de l'assistance comme un soleil miniature. Le maître-forgeron s'avança, et se munit ainsi que son apprenti de longues tenailles. Les deux hommes sortirent le fer incandescent de son berceau de terre, et la posèrent sur la grande enclume. Puis le maître fit signe à Rhianna d'approcher. Elle s'avança, en portant le sac de cuir qui contenait le charbon de bois pilé et les terres rares, et en répandit une partie du contenu sur la lame que le maître maintenait sur l'enclume avec les tenailles. Il fit signe à ses deux apprentis, donna un ordre bref, et les marteaux s'abattirent alternativement sur le fer brûlant, chassant les scories et les impuretés, et incorporant peu à peu le carbone et les terres rares qui transformeraient la matière première, brute et cassante, en acier souple et résistant.
Rhianna suivait l'opération avec une admiration quasi religieuse, réalisant à quel point elle était semblable à l'arme en train d'être forgée. Tout guerrier-poète sait que derrière l’épée, il y a autre chose que l’épée. Prolongement du bras, dans le combat. Mais aussi prolongement de la pensée, puissance symbolique du Verbe, une fois que les harmoniques de l’Éveil ont fait chanter l’acier.
La lame avait à présent pris une couleur rouge sombre, elle fut replacée dans la fournaise ardente et l'opération de raffinage se répéta plusieurs fois.
Enfin, le maître-forgeron tendit les tenailles à Rhianna. Elle s'en empara et souleva la lame, puis la porta vers un tonneau de bois cerclé de fer. Un nuage de vapeur s'éleva du tonneau lorsqu'elle plongea l'acier brûlant dans l'eau, des volutes de vapeur blanche s'élevèrent en sifflant furieusement, tandis que dans la main de Rhianna l'acier vibrait en prenant sa forme.
Les apprentis s'en emparèrent à nouveau, et le maître-forgeron parla: "retires-toi maintenant, et mets à profit les jours qui viennent pour méditer. Aiguise ton esprit, comme je donnerai à ton épée son tranchant."
Rhianna s'inclina pour saluer et quitta la forge. Et la lueur qui dansait dans son regard n'avait rien à envier à la fournaise dans laquelle l’épée avait vu le jour.
Le premier pas était achevé. Cela faisait longtemps que Rhianna s’était préparée. Elle effleura du bout des doigts les contacteurs psioniques implantés dans son poignet droit. Pour l’instant, et le fer de son épée et son bras étaient nus. Ils ne le resteraient pas longtemps. Quand le Cinquième Cycle arriverait à son terme Rhianna, guerrière-poète du Second Cercle, psion de l’Ordre de la Salamandre, rejoindrait ceux qui allaient s’affronter pour le Prix.
À suivre...
RoseNoire
14:17 Publié dans La geste de Rhianna. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fanfiction, fan fiction, heroic fantasy, science fiction



