lundi, 30 juin 2008

Demolition Party!

demolition1.JPG La journée s'achève. Sans doute l'avez-vous passée de façon très banale, à vaquer à vos activités quotidiennes. Peut-être même êtes-vous blogueur, et l'actualité vous a donné l'opportunité d'exercer vos talents intellectuels sur maints sujets dignes de votre attention citoyenne et vigilante. La Sécu et ses propositions de déremboursements, l'ORTF-isation réelle ou supposée de France-Télévisions, que sais-je encore.

Mais ce soir, vous vous en foutez. Car vous êtes invité à une soirée très spéciale. Vous arrivez dans un hôtel, lieu célèbre du microcosme people parisien. La déco intérieure du dernier étage a fait son temps, et elle sera bientôt entièrement revue et corrigée par Philippe Starck, une célébrité du design. Il y a un monde fou, fêtards, jet-setters, personnalités du show-biz.

Très rapidement, le champagne coule à flots, car c'est à la bouteille, et non à la coupe, qu'on le distribue. Les DJ présents s'occupent de faire monter la sauce. Alcool et décibels. C'est là qu'on vous remet une très seyante tenue de chantier, avec son casque assorti. Et une masse, une bonne masse de carrier bien lourde.

Car voilà le principe de la soirée: démolir soi-même l'étage voué à une rénovation. Les premières cloisons sont fracassées, le plâtras vole. Les bombes de peinture spray apparaissent comme par enchantement, et chacun y va de son tag et de son graphe.

demolition tag.jpegLa nuit avance. Très rapidement, la situation échappe à tout contrôle. La furie de destruction descend vers les étages qui n'étaient pas prévus à cet effet au départ. Des rixes éclatent. C'est "Fight Club", déclare un des organisateurs débordés. Les candidats à la punkitude d'un soir dévalent les escaliers, envahissent les autres chambres. Les mégots de cigarettes s'écrasent sur la moquette. Lustres, équipement et bibelots qui devaient être mis en vente volent en éclats. On tente de foutre le feu à deux endroits.

Certains s'enferment à plusieurs dans les chambres et suites, pour baiser. À ce stade d'ébriété et d'hystérie ambiante, je ne vois pas quel autre terme employer...

Vous croyez que ceci est une fiction? Ah mais pas du tout: cette soirée a bel et bien eu lieu ce jeudi 26 juin à l'Hôtel Royal Monceau, en cette bonne ville de Paris. Dérive grotesque de bobos friqués ne sachant quoi inventer? Décadence sous couvert de branchitude? Peut être...

guerre du feu.jpgAh là là, Homo sapiens. Tu es très fier de tes civilisations. Tu écris des traités de psychologie ou de philosophie. Tu ériges des bâtiments faits pour durer des siècles. Tu envoies des satellites autour de ta planète, et de sondes sur Mars. Tu peux résoudre des intégrales triples et mettre la théorie de la relativité en équations. Ségolène Royal écrit même des ouvrages politiques, tiens!

Mais au fond du fond, il ne te faut pas grand chose pour que tu retombes à 4 pattes en grognant, comme ton lointain ancêtre pré-hominien. Rien qu'un peu d'alcool, rien qu'un désinhibant ajouté à l'effet de groupe et hop!

Tu pars dans un délire de destruction aveugle et catharsique.

Tu te bats.

Tu te saoûles.

Tu t'accouples.

Et toutes les choses que tous les théoriciens de tous les âges ont pu inventer pour mettre tes pulsions en laisse ne sont qu'emplâtres sur autant de jambes de bois et vernis superficiels. Idéologies, systèmes éthiques, superstitions, j'en passe et des meilleures: dès qu'on gratte un peu c'est peau de balle et peau de boudin. Tout cela fait une belle cocotte-minute bien pleine de pulsions et de désirs refoulés, et à la moindre occasion de lâcher la vapeur, badaboum.

Mais tu aimes te dire civilisé, cher animal à deux pattes. C'est tellement plus rassurant. Et tu me traiteras volontiers de pessimiste quant à ta nature profonde. Car j'ai tort, à n'en pas douter. J'ai forcément tort.

Si ce n'était pas le cas, le JT de 20h et les livres d'Histoire seraient plein d'horreurs, forcément. Y aurait p'têt même des viols, des destructions, du vandalisme gratuit, des guerres, des massacres. Ouep, forcément! Mais heureusement, t'es civilisé. Ouf, on l'a échappé belle!

 

Internecivus raptus.

dimanche, 21 octobre 2007

Sexe et pouvoir: biologie d'un lien ancestral.

229f86e507c0d94f2d5e657eb7a3e655.jpgSégolène nichons. Sarkozy nu. Rachida Dati à poil. Jambes Michèle Alliot-Marie. MAM en pantalon de cuir. Et, plus récemment, Sébastien Chabal nu. Non, je n'essaie pas d'accrocher les moteurs de recherche pour pallier à des statistiques défaillantes: je vous cite simplement quelques moyens d'arriver sur mon blog. Et force est de constater une chose: les célébrités, les vedettes et les hommes et femmes de pouvoir sont des gens que vous avez envie de voir à poil, et imaginez dans un contexte ayant une connotation sexuelle évidente.

N'importe quel nawak, êtes-vous en train de vous dire ? Mais alors, pourquoi diable tant d'entre nous s'intéressent-ils de si près à la vie privée des figures publiques, qu'elles soient têtes couronnées, stars de rock...ou encore nos élus ? Quel peut bien être l'intérêt de savoir que Machin divorce, et que Truc sort ou va se remarier avec Untel ou Unetelle ? Pourquoi cet attrait à débusquer tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un détail croustillant, un bref coup d'oeil dans la sphère intime des personnes scrutées ?

On pourrait se dire qu'il s'agit simplement de curiosité malsaine - et c'est sans doute en partie vrai - mais je vous propose ici d'aller plus loin et d'examiner d'autres pistes de réflexion. Pour ce faire, je dois me livrer à une longue parenthèse scientifique, et j'espère que vous la trouverez intéressante. Allons, ne zappez pas si vite, je vais parler de sexe, après tout!

310aced12d5daea7151a619f029209de.jpgBien. Maintenant que j'ai prononcé le mot magique qui ne manquera pas de vous scotcher à l'écran, démarrons la prise de tête sociobiologique. Pour ce faire, quoi de mieux que la citation suivante: « Le pouvoir est l'aphrodisiaque ultime. »

L'homme qui s'exprime ainsi est Henry Kissinger, ancien Secrétaire d'Etat américain sous l'administration Nixon. Cette phrase est assez connue, et beaucoup pensent qu'en s'exprimant ainsi, Kissinger évoque l'ivresse du Pouvoir elle-même. Or, rien n'est plus faux: il ne fait que répondre à un journaliste l'interrogeant sur son succès auprès des femmes. Henry Kissinger, c'est le gars sur la photo à gauche. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas exactement une plastique digne de rivaliser avec Brad Pitt. Par contre, je pense que mes lecteurs masculins ne manqueront pas de remarquer la jeune beauté qui s'affiche à ses côtés.

Bah me direz-vous, il y aura toujours dans le sillage des puissants des intrigantes aux penchants de demi-mondaines, prêtes à toutes les promotions canapés pour s'attirer quelque avantage d'une liaison. C'est partiellement vrai, mais les racines du phénomène sont bien plus profondes.

Et certains spécialistes de la biologie du comportement - comme Desmond Morris, l'auteur du 'Singe nu' - se sont penchés sur la question. Allons voir çà de plus près.

d168e6cf20c8fe8d7faf7371987686a6.jpgMalgré notre civilisation moderne, nos ordinateurs, nos satellites, nos innovations technologiques, et sans vouloir relancer le débat de l'inné et de l'acquis, nous autres humains restons des primates, et il existe une partie de notre cerveau qui se souvient d'un temps reculé où la civilisation, les lois, les concepts philosophiques n'existaient pas. C'est le cerveau primitif ou reptilien, siège de nos réactions instinctives et animales. Oh, nous avons en partie appris à le domestiquer. Notre néo-cortex, cette autre partie du cerveau siège de l'abstraction et de la pensée rationnelle, nous a permis d'établir ces garde-fous que sont l'éthique, la morale, la déontologie, les concepts de Bien et de Mal...tout ce qui empêche nos réactions instinctives de commettre l'irréparable. Comme par example de réduire en bouillie bordelaise le grossier qui vient de nous faire une laide queue de poisson au dernier feu rouge.

Codes, lois morale, autant de garde-fous, donc. Mais bien avant que ces concepts ne soient formulés, ce singe nu qu'est l'être humain existait néanmoins en tant qu'animal grégaire, social, vivant en groupes dont la survie face à un milieu souvent hostile et peuplé d'espèces prédatrices était régie par une hiérarchie primitive.

C'était souvent le règne de la survie du plus apte. Dans cet univers sans pitié, le fort dominait le faible, et les sociétés humaines primitives étaient hautement hiérarchisées, et basées sur des rapports de pouvoir. À la tête du groupe, le mâle et/ou la femelle alpha, l'individu dominant, le chef de tribu. Celui ou celle qui a écrasé la tronche de tous ses rivaux à grands coups de silex. Mais on trouvait sans doute aussi, bien que ce soit moins connu, des formes primitives mais déjà élaborées de sociétés égalitaires et participatives, où les conflits, la concurrence et l'agressivité sont gérées et éliminées non pas via la lutte et la survie du plus fort et du plus apte, mais bien via des comportements pacifiques (sur lesquels je reviendrai dans un instant).

Comme je l'ai dit au départ, à cette époque les concepts abstraits permettant d'hiérarchiser un groupe via un ensemble de valeurs n'étaient que peu développées. Par quel support les délicats équilibres de pouvoir entre individus s'exprimaient-ils donc? C'est bien simple: via l'instinct le plus puissant qui anime toute créature vivante: l'instinct de reproduction. La pulsion élémentaire qui pousse l'un vers l'autre les mâles et femelles d'une espèce, dans le but d'assurer à terme la continuation de cette dernière.

Stop. Arrêt sur image, j'ouvre la parenthèse. Je tiens à préciser que dans ce qui va suivre, je parle bel et bien uniquement d'instinct sexuel, et non d'amour. Car l'attirance physique n'est pas tout, et l'intellectualisation complexe des rapports entre individus qui conduit à des phénomènes d'attirance et d'attachement amoureux vient changer et influencer la donne de manière significative. Mais c'est là un tout autre sujet. Fin de la parenthèse.

42f5d470961bacc1db9215d4c1a173c4.jpgObservons donc des groupes de primates, et la manière dont ils expriment leurs rapports et relations sociales..

Voici un groupe de singes bonobos. Tout d'un coup, un conflit survient. Séquences d'aggression, crocs dénudés, cris et pagaïlle. Dans une telle situation, le groupe va résoudre le conflit soit en choisissant un bouc émissaire parmi les membres de la troupe (voui, on ne dit pas une tribu de singes, mais bien une troupe), soit plus fréquemment en pratiquant l'acte sexuel, de façon réelle ou simulée.

Ce serait sympa non, si Homo sapiens pratiquait de même. Imaginez les titres à la une. Au lieu des carnages habituels on aurait droit à ceci:

« Situation tendue au Trucmuchistan. Un avant-poste a été pris d'assaut par un commando de nymphomanes kamikazes. le général Grogourdin a été contraint de durcir ses positions pour faire face à l'assaut. »

Bon, fini de rigoler. Plus sérieusement nous avons ici un exemple de situation type où le comportement sexuel est détourné de son but premier ( la reproduction) pour traduire une interaction sociale.

Allons plus loin. Voici une troupe de chimpanzés ou de gorilles. Monsieur Dos Argenté vient de filer une bonne trempe à ses rivaux, et accède dès lors au statut de mâle alpha, de chef de clan. Tout au moins si aucun autre membre du groupe ne le défie, et - chose primordiale - si ses congénères font publiquement acte d'allégeance et de soumission à son égard. Cà se passe comment? Devinez. Eh oui...dans bon nombre de cas les autres individus, mâles comme femelles d'ailleurs, auront recours à un échange sexuel réel ou simulé avec le mâle alpha afin de manifester leur acceptation du statut dominant du chef de la troupe.

Tout ce que vous devez retenir c'est qu'ici aussi, l'acte sexuel, simulé ou réel, n'est que la façon symbolique par laquelle les rapports hiérarchiques s'expriment dans un groupe de primates donné.

Mais quel rapport avec la politique, la presse people, ou notre intérêt pour les célébrités auréolées par le succès et le pouvoir, me direz-vous ? Qu'est-ce que c'est que cette disgression complètement hors contexte ? Et puis d'ailleurs, on est des êtres humains nous, pas des animaux. Ce genre de comportement, pas de çà chez nous!

Eh ben si mes p'tites cailles, car nous aussi sommes des primates sociaux, et notre cerveau primitif se souvient très bien de l'époque reculée où les rapports entre individus étaient gérés de la même façon que chez les grands primates. Oh oui, notre cerveau reptilien s'en souvient par-fai-te-ment.

La preuve ? Pas de problème. Vous vous souvenez d'Andrée ? Mais si, Andrée...allez, je vais vous rafraîchir la mémoire:

Si c'est pas un grand moment de télévision, çà, non? Et vlan, que je te propose la botte en live et en direct, devant des millions de téléspectateurs. Maintenant, souvenez-vous de tout ce que je viens de vous expliquer au sujet des rapports de hiérarchie s'exprimant via un langage sexualisé. Notre brave Andrée n'a pas vraiment envie de se rouler dans l'herbe avec Sarko. Non, elle vient seulement d'identifier celui qu'elle souhaite comme individu alpha pour diriger la tribu France. Et bien qu'elle ne le sache probablement pas, son cerveau primitif lui a fait envoyer les signaux encodés de manière inconsciente dans le comportement humain depuis des millénaires: elle a donc, en public, symboliquement manifesté son approbation et son allégeance via un langage sexualisé.

(Héhéhé. À mon avis, je viens de réussir à la fois à me mettre à dos les féministes ultra, et à susciter des spasmes de dégoût chez tous les antisarkos rabiques. Uhhm quel bon dimanche que voilà :-)

Du coup, tout se met en place: pourquoi nous intéressons-nous à la vie privée des célébrités ? Tout simplement parce que la sexualité sous-jacente qu'elle sous-entend a dans notre cerveau reptilien un écho ancestral. Et pourquoi certains et certaines d'entre nous trouvent-ils le pouvoir sexy ? Exactement pour la même raison, à savoir que le pouvoir détient, depuis la nuit des temps, une charge sexuelle symbolique à laquelle nous sommes sensibles, même sous le vernis épais de la civilisation et des divers tabous sociétaux et religieux que nous avons pu créer. Ils ne nous empêcheront jamais de rester des êtres de chair et de sang, même si nous n'en avons pas toujours conscience.

RoseNoire.

vendredi, 05 octobre 2007

Pour en finir avec le concept de race.

560d0725ef3a250cacf816d2162768ff.jpgTests ADN. Moutons dans la baignoire. Me poseriez-vous la question si j'étais une femme. Néo-conservateur américain à passeport français, d'origine hongroise et p'têtre un petit peu juif. Cris de singe dans les stades de foot. Immigration et identité nationale. Statistiques basées sur des critères ethniques.

Difficile de passer une journée sans que le mot racisme ne plane d'une façon ou d'une autre sur les débats d'actualité. Soit quelqu'un déclarera en être victime ou en accusera un adversaire politique soit, dans le pire des cas, l'une ou l'autre idéologie s'en réclamera.

Le racisme est donc, une fois de plus, un sujet très à la mode dans les conversations. Mais force est de constater que, dès qu'on s'éloigne du bruit et de la fureur des débats politiques pour examiner les choses sous l'éclairage froid et sans passion du rationalisme scientifique, il n'y a pas grand monde qui connaisse exactement la définition de ce mot.

Je vais donc me faire un plaisir de tordre le cou à un certain nombre de canards. Vous avez aimé mes cours de chimie? Eh bien, aujourd'hui, c'est biologie. Nous commencerons par quelques définitions, pour ensuite nous attaquer aux à-prioris qu'elles suscitent.

À tout (race des) seigneur toute horreur, je vais commencer par régler leur compte aux théories suprémacistes. Mais n'anticipons pas. Je vais d'abord vous raconter une petite histoire...

6da5dd6e1ad5aa11fd3ae9eb14497588.gifAlors voilà. Faisons un petit voyage dans le temps. Nous sommes 195.000 ans avant maintenant. En Éthiopie, un curieux mammifère vient de faire son apparition. Il se tient dressé sur ses membres inférieurs, sans prendre appui sur ses membres postérieurs comme le font d'autres primates. Il est petit, et chétif par rapport aux prédateurs environnants. Mais il possède sur eux un avantage considérable: son cerveau est capable de pensée créative à partir de concepts abstraits, et il a conscience de sa propre existence et de sa mortalité, comme en témoignent les scènes qu'il dessine sur les parois des grottes et les sépultures dans lesquelles il enterre ses morts.

Mais il fait chaud est sec dans le coin, et la nourriture est rare. Alors notre curieux bipède va migrer vers des cieux plus tempérés. Nous sommes maintenant entre - 97.000 et - 80.000 ans avant notre ère, et c'est en Israël/Palestine que nous retrouverons des traces de ses ossements et de son habitat.

Je vous présente Homo sapiens, l'homme qui sait qu'il sait. Déjà, c'est mal barré pour les suprémacistes blancs: datages au carbone 14 et tests génétiques à l'appui, notre ancêtre à tous était, selon toute vraisemblance, négroïde et sémite. Et toc.

Notre lointain aïeul va poursuivre sa migration vers le nord. Et ce n'est qu'en - 35.000 avant J. C. que nous le voyons apparaître en Europe, et plus précisément en France. On retrouvera ses ossements en Dordogne, au lieu-dit Cro-Magnon selon le patois local. Il a depuis réalisé ce qu'aucun mammifère n'avait fait avant lui: il maîtrise le feu et l'outillage. La suite, on la connaît, fin de la leçon de paléontologie.

fe337c10b39677593e2a4fed82648be9.jpgÉvidemment, vous connaissez les scientifiques: toujours le besoin de classifier et d'étiqueter. C'est en 1758 que le naturaliste Carl von Linné proposera dans son traité Systema naturae quatre variétés d'Homo sapiens: Américains, Européens, Asiatiques et Afars (Africains). Et en 1775, Blumenbach s'appuiera sur les travaux de Linné pour affiner les choses: il définira la variété caucasienne (Europe), mongole (Chine et Japon), éthiopienne (Afrique), américaine et malaise (Polynésie, Aborigènes).

Mais tant Linné que Blumenbach préciseront haut et fort ce que les suprémacistes de tout poil s'empresseront de passer sous silence: toutes les variétés d'Homo sapiens présentent des caractéristiques physiologiques différentes, mais correspondent à une seule et même espèce.

Or en langue anglaise, l'espèce humaine se traduit par human race. Et c'est ici que les horreurs commencent. Un simple abus de langage, une erreur de traduction va faire confondre espèce, race et différences physiologiques.

Car il n'y a pas de races humaines, pas plus qu'il n'existe de races de chiens, ou de chevaux. De Paris à Pékin, de Dakar à Jérusalem en passant par Téhéran, il n'y a qu'une seule race, qu'une seule espèce: Homo sapiens. Le caniche et le dogue allemand sont tous les deux de l'espèce Canis familiaris, tout comme le pur-sang arabe et le demi-sang anglais appartiennent  à l'espèce Equus caballus.

Explication. C'est la génétique et la biologie qui permettent d'éclairer les choses.

189d813ddc479abf4031cf376c966d7a.jpgSelon la classification scientifique traditionnelle - qui a peu changé depuis Linné - appartiennent à la même race:

Les individus féconds entre eux et dont les descendants sont eux-mêmes féconds.

En effet, il est possible de faire couvrir une jument par un âne, ou une ânesse par un cheval. Il y aura bien descendance, mais elle sera stérile.

S'il existait des sous-catégories (nommées "races" par abus de langage) au sein de la race humaine, un accouplement ne donnerait lieu à aucune descendance, ou à une descendance stérile. Or je vous garantis que quel que soit le ou la partenaire que vous choisissez, africain, inuit, aborigène, chinois, arabe ou que sais-je encore, si tout se passe bien 9 mois plus tard çà va donner un bébé pétant de santé, et parfaitement capable d'avoir des enfants à son tour une fois devenu adulte.

De même, si vous accouplez des chiens, vous aurez des p'tits bâtards. Le fox terrier et le Saint-Bernard sont de la même race ou espèce, Canis familiaris, bien qu'un abus de langage ait fait entrer ce terme dans le langage courant depuis fort longtemps.

221acacc3ea71d564ba5505c828abe96.jpgPas convaincus? J'en remets une couche: comme dirait l'autre, là où il y a de la gêne, y a pas de plaisir. Et en parlant de gènes, regardez le truc à gauche. Ce n'est pas une peinture moderne, mais un caryotype humain. Les petits bâtonnets affichés par paires sont les chromosomes, qui renferment notre matériel génétique, l'ADN.

Chaque race, ou espèce, est caractérisée par un nombre bien défini de paires de chromosomes. Comme vous le voyez, pour la race humaine il y en a 23 paires. Prenez un être humain n'importe où sur la planète, faites son caryotype, et il aura 23 paires de chromosomes. Qu'il soit blanc, noir, jaune, rouge, blabla.

Le chimpanzé en a 24. Le mouton, 54. Le chat, 38. Et ainsi de suite, pour chaque race, le nombre est invariable. Il n'y a aucune exception, sauf dans les cas de maladies génétiques. Et encore: il s'agit de chromosomes défectueux ou surnuméraires. Un individu à qui il manque les 2 chromosomes d'une même paire est soit stérile, soit non viable.

Voilà. J'espère que ce cours ex cathedra ne vous aura pas trop ennuyés. Maintenant que la définition de race est éclaircie, je développerai dans un prochain billet la différence entre racisme et xénophobie, qui donne lieu à des erreurs courantes et à des procès d'intention nombreux.

Mais souvenez-vous d'une chose: la prochaine fois que quelqu'un vous parle de race au sein même de l'espèce humaine, il est en train de vous raconter une couillonade n'ayant aucune valeur scientifique. Soit par ignorance...soit par calcul idéologique et aveuglement volontaire.

Ce genre de trucs, on ne sait pas trop comment çà commence. On sait par contre très bien comment cela finit. Et inutile de faire les gros hypocrites en disant "plus jamais çà" d'une voix compassée. Et allez un peu voir au Rwanda ou en ex-Yougoslavie si j'y suis. Timisoara, Srebrenicza et les Tutsis, çà n'arrive pas qu'aux autres.

RoseNoire.

*****

Bibliographie:

- A la recherche des Indo-Européens, James Mallory (Seuil 1997)

- La structure de la théorie de l'évolution, Stephen Jay Gould ( Gallimard 2006)

- L'aventure humaine, de la molécule à la culture, Boyd et Silk (De Boeck 2004)

- Eloge de la différence: la génétique et les hommes, Albert Jacquard ( Seuil, 1981)

( Oui, j'ai consulté ces livres. Ce billet est un résumé très condensé d'un article présenté en début d'année dans la newsletter de l'union des anciens étudiants de ma fac. )

samedi, 21 juillet 2007

Petit guide du blogueur 2.0

22d604104869a48741e28ce4f2dbb81f.jpgSans nul doute, mon coup de coeur/éclat de rire du weekend...voici un billet que j'aurais aimé écrire.

Tous les clichés des poseurs de la blogosphère y sont. Le baron autoproclamé et sa cour caquetante d'admirateurs. Le faux branché hi-tech. L'Hemingway d'opérette qui se voit déjà lauréat du prix Pulitzer. Le rebelle de cyber-café qui se la joue poète maudit. L'obsédé du blogaudimat dont l'ego ne survit que via la grosseur de ses statistiques. Et bien d'autres encore...

Oui, absolument tous les tics et attitudes y sont...y compris les miennes.

Quelques bonnes feuilles:

« ...il est nécessaire de soumettre chacun de tes billets sur tous les Digg-like francophones. Mais si, les Digg-like. Ces sites où on peut voter pour ce qu'on aime bien. Oui, un digg-like quoi ! La majorité de ceux-ci ont la particularité de n'être fréquenté que par des blogueurs cherchant eux-mêmes à augmenter leur audience. Tout ce petit monde tourne donc en cercle fermé, se lisant les uns les autres (ils pourraient aussi bien vendre du vin et du charbon)... »

Ou encore:

 « La promotion de base consiste à bombarder les blogs "influents" de tes commentaires, en n'oubliant pas d'ajouter l'adresse de ton site. Inscris-toi à tous les services et classement possible et imaginable. Dès qu'un blogueur lance un billet "Concours de bistouquettes", disant qu'il est à 240 de karma sur TechnoCrasse et et 117ème dans le classement des blogs régionaux d'Alsace-Lorraine, n'hésite pas à dire que toi tu es seulement 179 et 234ème... »

À lire d'urgence chez Ploum.

 

RoseNoire.

Un petit cerveau n'empêche pas une vie normale.

3163e1059511b7db6e783664ac58877f.jpg« L’histoire de cet homme me­nant une vie normale malgré un cerveau quasiment invisible à l’imagerie, révélée cette semaine par des médecins marseillais dans la revue britannique The Lancet, illustre avant tout les incroyables capacités d’adaptation du cerveau. » L'article original par ici.

Une réflexion m'a immédiatement traversé l'esprit: nous voilà rassurés quant à la viabilité de certains membres de notre classe politique. Des noms? Vous les choisirez en fonction de vos propres sympathies et antipathies.

Idem pour un certain type de militants pour lesquels les argumentaires copiés-collés ou les oeillères idéologiques tiennent lieu d'esprit critique et de libre-arbitre.

Je sens d'ailleurs que dès que j'aurai secoué ma torpeur estivale (et le lendemain de veille de fête nationale), je vous infligerai un truc bien barbant petit billet un peu plus fouillé sur la notion de libre-examen et d'indépendance d'esprit appliqués à l'engagement politique. En effet, la politique n'est jamais que le reflet de la philosophie qui la sous-tend, et la pensée libérale n'est pas, contrairement à ce que certains croient, limitée aux questions économiques.

On en reparlera.

RoseNoire.

jeudi, 26 avril 2007

Décalages.

medium_yinyang.gifUne de mes connaissances, de droite, ne sait pas trop quoi penser de mon blog. Les idées que j'y affiche lui conviennent, mais le ton ironique et décalé le perturbe.

Une autre de mes connaissances, de gauche, ne sait pas trop quoi penser de mon blog. Il aime beaucoup le ton ironique et décalé qui y règne, mais pas mes idées, allégeances et sympathies.

Marrant comme certaines personnes sont vite perturbées dès qu'on les sort de leurs codes et de leurs idées préconçues. Leurs petites boîtes mentales, dans lesquelles ils rangent et étiquettent tout selon des stéréotypes bien établis.

J'en ai encore perturbé un, hier. Je discutais politique. Et je tenais bien ma droite, comme d'hab. Son regard plein d'incompréhension louchait sur ma jupe en madras coloré et ethnique, les tatouages tribaux s'enroulant autour de mon bras et mon épaule, et le piercing ornant ma narine. Je pouvais presque entendre les rouages de son cerveau cliqueter, et les messages d'erreur s'afficher: Error Unknown. Error Unknown. File not recognised.

Surtout, ne rien changer.

RoseNoire.

vendredi, 30 mars 2007

La déclaration, le retour. (Chapitre II)

Mon billet précédent envoyait déjà une petite pique ironique en direction du phénomène. Car que vous le vouliez ou non, vous aurez droit au spectacle. C'est un beau cas de contamination verticale, issu du monde journalistique, et qui s'est répandu comme une traînée de poudre dans la blogosphère, et ses influençeurs auto-proclamés (ou non).

Entre vaudeville, roman de gare et superproduction hollywoodienne à l'eau de rose, vous n'échapperez pas à ces déclarations d'amour. Je veux parler du « coming out  » politique. C'est le dernier truc tendance. Et on est prié de surtout, mais alors surtout se prendre au sérieux. D'avoir un balai à la place de la colonne vertébrale, et d'en être fier. Car on ne dit pas simplement pour qui on va voter. Non, on sort du placard, on déclare sa flamme...excusez du peu. De préférence sous forme d'un billet expliquant en long et en large, avec des trémolos humides dans la voix les raisons profondes pour lesquelles vous avez décidé de perdre votre virginité politique quinquennale dans les bras de Monsieur Trucmuche ou de Madame Machinchose.

Et les collègues blogueurs de se perdre en débats et conjectures sur vos intentions, dans le cas où vous ne vous êtes pas encore déclaré. X, Y ou Z, il en pince pour qui, à votre avis? S'ensuit un débat sans fin ou la moindre allusion, le plus petit clin d'oeil est analysé avec une précision d'entomologiste afin d'essayer d'identifier celui ou celle pour qui vous êtes tombé en amour. Puis un beau jour, l'intéressé n'en pouvant plus de contenir ses instincts, avoue enfin au vu et au su de tous ce qu'il en est. En général, vous avez droit à la grande scène du balcon, avec sérénade au clair de lune et strophes enflammées. Vas-y. Oui. Prends ma voix. C'est beau, c'est émouvant, c'est extraordinaire d'abandon.

Non mais franchement, je vous demande un peu. C'est juste mettre un bulletin de vote dans une urne , hein, on ne va pas en faire un cake non plus.

OK, moi même qui vous parle, j'ai parfois un peu de mal à maîtriser mes pulsions. Y a des signes qui ne trompent pas, et ça filtre dans mes propos. Mais bon, je ne vais pas vous pondre un texte de 500 Méga avec tous les détails, non plus. Un peu de décence, que diable, tout le monde et n'importe qui n'a pas envie de vous voir vous vautrer avec l'objet de votre passion dans la débauche idéologique la plus totale comme çà, en public. C'est le printemps, mais quand même...

RoseNoire

PS: Je ne me moque absolument pas des blogs de campagne, ni de ceux qui ne font pas mystère de leur orientation politique et de leur sympathie pour tel(le) ou tel(le) candidat(e). Ce serait l'hôpital qui se fout de la charité.

Non, ce sont aux faux suspenses, et aux attitudes grandiloquentes que je fais allusion. Rien à faire , cela me fait rire. " Ahh Ségolèneeuuh, la Vérité guide tes pas ! " " Nicolââs, je t'aiiime! " " Ooh François, grand fou! " Non mais franchement. Mettez-la en sourdine, quand vous atteignez le Nirvanâ politique...

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